Paroles de salariés: Le Havre, quel bilan de la lutte à EDF-GDF ?
Nous en avons parlé avec Alain (centrale thermique) et Jean-Marie (distribution)
Q : Où en est le mouvement local après plus de six semaines de mobilisation ?
A : On est à la fin du mouvement, face à l’intransigeance de la direction nationale sur les revendications salariales. Malgré l’arrêt total de la centrale, les multiples coupures en haute tension par la distribution, le mouvement marque le pas.
J-M : Si des avancées ont été obtenues sur certains points, en revanche, sur la revendication phare d’une augmentation de 5% pour tous, les directions n’ont rien lâché, les augmentations resteront à 0,3%, comme prévu (en dépit des 8 milliards de bénéf 2008 pour ERDF,GRDF,Suez !). Evidemment, cette lutte longue et offensive devait être flinguée dans l’œuf : dans un contexte où le monde du travail est sur la défensive, une victoire aurait créé un précédent !
A : Ce qu’il faut comprendre, c’est que depuis l’ouverture du capital en 2004, l’entreprise est morcelée en cinq entreprises différentes : les directions ont donc joué là-dessus pendant le conflit, en favorisant des mesures individuelles entreprise par entreprise. D’où des résultats inégaux à la fin du conflit. Le Havre en est un bon exemple : dans la production thermique, ont été obtenus, en plus de la prime nationale de 500€, une prime de 700€, l’augmentation de l’allocation logement jeunes (portée à 80€ mensuels), la négociation sur la mise en place d’une crèche interentreprises, 60 promotions individuelles... Par contre, à la distribution, le résultat se limite à quelques mesures sur l’avancement, et une prime nationale de 450€.
Q : On a beaucoup parlé des sanctions contre les agents...
A : Dans toute l’entreprise EDF-GDF, des milliers de courriers de menace de blâmes et sanctions planent au-dessus de la tête des salariés. A la centrale, le personnel a décidé de redémarrer les installations de production en échange de négociations locales, mais surtout l’annulation des 5 entretiens préalables à sanction et des 25 courriers menaçant les salariés : on a gagné là-dessus.
J-M : A la distribution du Havre, 20 entretiens préalables sont en cours actuellement. Certaines sanctions sont déjà tombées en terme de « blâme » : cela correspond à une sanction élevée puisque située entre l’avertissement et la mise à pied. Les directions n’ont pas digéré la réappropriation de l’outil de travail par les électriciens et les gaziers !
Q : Quel bilan tirez-vous de la lutte ?
J-M : Pour le positif, plusieurs choses : la combativité évidemment, les AG communes entre les salariés de la centrale et de la distribution, où se sont prises démocratiquement les décisions d’actions à mener ensemble. Ensuite, la conscience qu’ont eue les électriciens et les gaziers de la nécessité de se réapproprier l’outil de travail (coupures, occupation de sites, etc....) pour peser dans le rapport de force face à la direction. Et pour finir, la conscience majoritaire de la nécessité d’un mouvement durable, reconductible, pour gagner, et non des journées d’action bidon telles que nous les connaissons depuis le début de l’année.
A : Par contre, en négatif, qu’est-ce qui a manqué pour gagner ? D’abord un manque de détermination de l’intersyndicale nationale pour coordonner et impulser l’action (déficit d’information sur l’état de la mobilisation nationale, etc....). Et puis l’absence d’initiative au niveau central, genre manifestation nationale à Paris (ce que l’assemblée générale des salariés du Havre avait proposé), ou l’organisation d’actions spectaculaires visant à rendre plus visible le conflit. Les directions syndicales ont « subi » le conflit plutôt que de l’impulser. Le niveau des revendications était élevé, et la question que beaucoup se posent maintenant, c’est de savoir si nous pouvions gagner seuls sur nos revendications face à la direction, où si une victoire n’était possible que dans le cadre d’une puissante mobilisation interprofessionnelle dans le pays : c’est tout le débat en ce moment...
Publié le vendredi 28 août 2009 par NPA Le Havre

