Foyer du marin au Havre

Foyer du marin au Havre

Le foyer du marin, situé dans le quartier de l’Eure à deux pas de l’ancienne entreprise Caillard, est la plus ancien foyer de travailleurs immigrés au Havre. Avec son architecture particulière et sa façade (qui lui ont valu un classement au patrimoine), le foyer abrite aujourd’hui encore plus d’une centaine de travailleurs immigrés, actifs ou retraités, ainsi qu’une cinquantaine de demandeurs d’asile.

Son histoire est emblématique par les luttes successives de ses résidents durant les trois dernières décennies, pour continuer à vivre ensemble dans ce quartier devenu aussi le leur au fil du temps. Menaces de fermeture, état de cessation de paiement, la combativité a toujours eu raison des difficultés rencontrées. En associant solidarité de classe et solidarités villageoises particulièrement fortes sur ce foyer, les luttes ont été le plus souvent unies et massives. On a même compté un épisode de plusieurs années où les résidents, avec l’aide et le soutien des associations locales de solidarité avec les travailleurs immigrés, avaient repris eux-mêmes le foyer en autogestion, transformant le comité de résidents en association loi 1901 !

La stratégie immobilière et urbanistique de l’équipe Rufenacht dans les quartiers sud, en particulier le quartier Saint-Nicolas, ne pouvait que rencontrer la question de ce foyer : à quelques dizaines de mètres seulement des nouveaux appartements « de standing » et de la future marina du quai …, la présence de cette communauté de travailleurs étrangers ne colle pas avec l’image que voudrait donner la Ville à ce quartier en voie de « boboïsation ». Par ailleurs, sur un plan plus capitaliste et marchand, cette population n’est pas plus adepte aujourd’hui des concerts de Docks Océane ou de la piscine Jean Nouvel qu’elle ne sera demain cliente des enseignes de luxe du futur centre commercial Vauban…

C’est pourquoi plusieurs offensives ont été menées par la Ville ces dernières années en direction d’ADOMA (ex-SONACOTRA), actuel propriétaire et gestionnaire du foyer du marin. Elles se sont révélées jusqu‘à ce jour infructueuses, mais une nouvelle demande récente semble trouver cette fois une oreille plus attentive, la direction de cet organisme ayant changé. La menace est donc réactivée pour les résidents : car il y a fort à parier que si la Ville se porte acquéreur du bâtiment, même en sous-traitance, c’est avec des intentions bien précises, étant donnés les enjeux du quartier en terme d’image de marque : ne dit-on pas d’ailleurs qu’elle est actuellement à la recherche de solution pour le logement étudiant dans ce périmètre ?

Si rien n’est encore fait, l’inquiétude et la vigilance sont à l’ordre du jour. Il serait inadmissible que cette population très bien intégrée et qui a participé à la richesse de la ville comme à celle du quartier, soit « déplacée pour cause de standing ».

En attendant, aujourd’hui comme hier, les résidents du foyer du marin peuvent compter sur le soutien et l’aide des militants anticapitalistes si les menaces venaient à se concrétiser.